Des herbes pas si mauvaises ?

Véritable pharmacie à ciel ouvert pour les peuples autochtones, gage de survie pour nos ancêtres, les plantes sauvages sont souvent ignorées ou considérées avec dédain par le jardinier moderne. Pourtant, si certaines espèces envahissantes méritent leur piètre réputation, nombres d’herbes et plantes de nos jardins méritent d’être réhabilitées.  Que ce soit pour leurs vertus médicinales, leur comestibilité ou simplement leur place dans l’écosystème, elles ont sans doute beaucoup à nous apprendre.

Et après tout, les invités du jardin, ce ne sont pas elles, mais plutôt nous !

Petit tour d’horizon…

Surprenante par sa croissance express en quelques semaines, la grande bardane est une plante bisannuelle qui peut atteindre jusqu’à 2m ! Elle reste chez nous d’une envergure plus modeste, mais son développement entre le printemps et l’été reste pour le moins impressionnant.

Ses fleurs violacées sont nombreuses et fort populaires auprès des butineurs. Elles sont entourées de petits “picots” caractéristiques, qui aident à sa dissémination et ont d’ailleurs inspiré l’invention du velcro ! Ses larges feuilles ont aussi été utilisées au moyen-âge comme un efficace papier toilette…Ses jeunes feuilles ainsi que ses racines (préalablement blanchies) sont consommables, et on lui prête des vertus diurétiques et détoxifiantes.

La verge d’or est un incontournable de la flore sauvage du sud du Québec, agrémentant d’un jaune chatoyant nombre de terrains sauvages et de plates-bandes. « Un immense jardin noyé de pourpre et d’or » écrivit à ce propos le frère Marie-Victorin. Ses fleurs jaunes éclosent tardivement au courant du mois d’août et sont à l’origine d’un miel commun en Amérique du Nord, réputé pour ses vertus. La plante ne se consomme pas en tant que tel, mais une fois séchée, elle est utilisée en infusion. Les herboristes la recommandent notamment pour aider le système respiratoire et la digestion.

La brunelle (ou prunelle) est une discrète vivace aux fleurs violacées, poussant au ras du sol et sur le bord des chemins. Ses vertus médicinales sont connues depuis longtemps, en Occident comme dans la médecine traditionnelle chinoise. Son nom anglais est d’ailleurs « self-heal » ou encore « all-heal », en référence à ses propriétés anti-inflammatoires et désinfectantes, parmi de nombreuses autres. On peut notamment l’utiliser en infusion comme en cataplasme, ou encore en bain de bouche contre la gingivite. La médecine chinoise se sert, quant à elle, des fleurs séchées sous le nom xiao ku cao, afin d’aider à apaiser le « feu » qui affecte le foie.

Véritable « plante fossile », la prêle des champs est en quelque sorte un ancêtre de nos jardins, au même titre que les fougères. Elles descendent des calamites, plantes primitives qui remontent au Carbonifère, il y a quelque 300 millions d’années. Dans nos jardins, on en distingue tout d’abord une première étape évoquant un champignon avec une tige beige chargée de disperser des spores. Dans un deuxième temps, ce sont des tiges vertes, fines et cette fois stériles qui se dressent. Ses propriétés médicinales tiennent essentiellement à sa richesse en silice et en calcium, utile notamment pour les troubles du système urinaire. Il convient par contre de la cueillir tôt, et aussi de ne pas la confondre avec ses cousines proches, notamment la prêle des marais.

Un premier tour d’horizon qui témoigne bien de la richesse insoupçonnée, tant médicinale que du point de vue de la biodiversité, qui se cache sous le vocable décidément peu inspiré de « mauvaises herbes ».

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Déconnexion – Episode 1 : Désintox

Il est 18h25. On est le samedi 19 octobre et j’ai envie d’aller sur YouTube. Où est le mal à cela, me demanderiez-vous ? A priori nulle part. Sauf que j’ai décidé de faire une petite coupure des réseaux sociaux ce mois-ci et plus particulièrement de YouTube. 

Pourquoi ? À cause de cette phrase : « Je n’ai pas le temps ». Je n’ai pas le temps de lire. Je n’ai pas le temps de dessiner. Je n’ai pas le temps de ranger telle ou telle affaire. Je n’ai pas de temps pour méditer. Bref, je n’ai pas le temps de faire des choses essentielles à mon bien-être. Ma première excuse : mon travail me prend tout mon temps. Oui, je travaille beaucoup. J’ai la chance d’être passionnée par mon métier (ce qui n’est pas, pour autant, toujours évident à gérer, mais c’est une autre histoire que j’évoque dans ce billet). Mais ce n’est pas une excuse. Comment se fait-il que je ne trouve pas au minimum une demi-heure à une heure par jour pour ces différentes activités ? Ma vie de famille ? Je n’ai pas d’enfant. Non, la coupable est la plateforme YouTube et les autres réseaux sociaux dans une moindre mesure.

J’allume YouTube et, sans m’en rendre compte, je viens de passer deux, trois ou même quatre heures de ma vie à regarder des vidéos sur la nouvelle tendance en maquillage, sur des militaires américains surprenant leur famille lors de leur retour de mission, sur des chats, sur des premières danses lors de mariage, sur la vie de total inconnus, sur le bullet journal, des vidéos de tests de jeux, de bouffe ou d’objets en tout genre, des zappings, des épisodes de Joséphine ange gardien et même des vidéos montrant l’extraction de points noirs ! Si ce n’était pas devenu une habitude, ce ne serait pas un problème. Cela m’arrive facilement deux fois par semaine, voire plus. Et plus je suis fatiguée, plus il serait plus sage de prendre un livre ou de trouver une autre activité loin de l’écran devant lequel j’ai déjà passé toute la journée pour le travail, plus je vais rester des heures affalée dans mon canapé hypnotisée par l’écran. Rajoutez à cela, 5 minutes de Twitter par ci et de Facebook ou d’Instagram par là, j’arrive facilement à 8 heures perdues sur les réseaux sociaux par semaine, 32h par mois…

Dire après cela que je n’ai pas le temps de faire ceci ou cela, c’est un mensonge. La vérité est que j’ai décidé d’occuper mon temps libre à une toute autre activité.

Je ne dis pas que c’est mal de passer du temps sur YouTube ou sur les réseaux sociaux. Dès le mois de novembre, je vais de nouveau me connecter sur ces réseaux, mais en ayant changé mon approche. Je ne veux plus zapper sur YouTube, Twitter, Instagram, passer d’un contenu à l’autre sans même y réfléchir juste parce qu’il se présente à moi alors que dans les faits, ce contenu ne m’intéresse pas. Je ne veux plus être passive devant les réseaux sociaux. Je vais également probablement me fixer une durée maximum par jour sur ces sites pour éviter de retomber dans mes travers.

En attendant, il est 19h le samedi 19 octobre, j’ai un gros rhume et j’ai envie de passer du temps sur YouTube, mais je sais que je ne pourrai pas quitter YouTube après juste une ou deux vidéos, alors comme depuis le début du mois, je vais demander à mon conjoint s’il ne veut pas regarder avec moi un film ou une série ou même une vidéo d’une chaîne YouTube et je vais lui passer l’ordinateur afin qu’il allume et éteigne la plateforme YouTube après notre visionnage…

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Le 27 septembre et au-delà: être le lobby de la planète

Entre le 20 et le 27 septembre dernier, nous avons été quelques millions, sur tous les continents, à prendre part à un mouvement historique.  Sous l’impulsion des “grèves pour le climat”, nombre de jeunes, d’étudiants, de salariés ou de retraités ont marché pour exiger des actions radicales contre la crise climatique et plus largement, pour un changement de cap face aux périls écologiques exacerbés de notre époque.

Nous pouvons témoigner de la précieuse et joyeuse contagion bénéfique de ce mouvement inédit. Des foules records se sont rassemblées à Montréal, Québec et jusqu’à Istanbul ou Wellington, quand l’État n’a pas fait un usage aussi disproportionné que décomplexé de la force comme ce fut le cas à Paris. Cette mobilisation est historique de par son ampleur, et sans doute inédite dans sa forme. Tranchant résolument avec l’atmosphère d’éco-anxiété qui accompagne de façon bien compréhensible la multitude des signaux d’alertes lancés par la science, elle fut l’occasion d’un bain de jouvence et d’énergie plus que bienvenue, découvrant peu à peu sa cohérence et sa force. Alors que l’ère numérique nous annonce des êtres humains de plus en plus isolés, atomisés et réduits à des consommateurs passifs, ce mouvement fut l’illustration parfaite d’une autre voie, rassembleuse et solidaire au-delà de l’humain. Car étaient aussi représentées les voix des rivières, fleuves, monts, paysages, oiseaux et autres non humains qui méritent d’être défendues non par ce qu’ils ont à nous apporter, mais pour ce qu’ils sont.

Il s’agit d’un changement de paradigme majeur, le cœur des revendications ne concernant plus simplement un partage différent ou un aménagement de nos conditions d’existence, mais bien un véritable renversement dans notre rapport au monde et à ses équilibres vitaux, si durement touchés par une activité et une logique humaine devenue insensées. Qu’on ne s’y trompe pas, ce renversement représente une opposition majeure et frontale face au croissancisme et à l’accumulation aveugles qui font le ciment du statu quo politique actuel. Et il annonce bien d’autres combats multiformes, collectifs autant qu’individuels, dont on ne peut que souhaiter l’éclosion sous de multiples formes : grève, désobéissance, zads, boycott, mais aussi bouleversements philosophiques, spirituels, pratiques, alimentaires…

On trouvera et trouve déjà en face la litanie désormais connue du cynisme, du mépris et autres tentatives de division et de récupération. A nous d’y opposer notre inventivité, notre résolution, nos solidarités et nos expérimentations joyeuses.

Photo AL
Photo Pascal Huot

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Éloge de l’inaction

L’inaction a pour le moins mauvaise presse. Caractéristique des indécis et des oisifs, elle apparaît dans une société de croissance, de gagnants et de réussite comme l’opposée du comportement rationnel et contemporain qui est de faire toujours davantage, de gravir toujours plus haut, d’amasser toujours plus. Pire, elle effraye. On lui associe le registre de la fatalité, voire de la défaite quand notre psyché moderne s’abreuve sans cesse au registre de l’affrontement (de l’homme contre les éléments et une nature sauvage et indomptée) ou encore du combat (face à l’adversité, à la maladie…).

Las, l’homme moderne est en voie de constater — ou on peut tout au moins l’espérer — les limites de son incessante agitation prométhéenne. Entouré par une myriade de gadgets clinquants, il cherche un sens à son existence, qui continue pourtant de lui échapper sans cesse. Les nuisibles et autres mauvaises herbes savamment éradiquées dans ses cultures à grands coups de pesticides finissent par lui survivre, tandis que canicules et autres tsunamis lui rappellent sa fragilité, condamné à s’adapter face à des éléments qu’il ne saurait maîtriser, n’en déplaise aux délires transhumanistes.

Face à ce constat, nombre de philosophes, poètes et autres contemplatifs ont fait l’éloge de l’inaction, d’une certaine résistance passive face à l’agitation stérile et contre-nature. Parmi eux, les taoïstes ont fait du non-agir wuwei l’une des notions centrales de leur enseignement, il y a déjà près de 2500 ans. Wuwei n’est ni paresse ni fatalité, encore moins un nihilisme. C’est au contraire détachement, non-violence, joie. Face à l’ego et à l’action égoïste qu’il s’agit de transcender, c’est l’apologie du désintéressement, de l’adéquation avec le Tao / la Nature plutôt qu’un vain combat contre lui.

Il en va ainsi du voilier pris dans une mer tumultueuse, qui devra utiliser habilement les courants pour avancer sans effort, plutôt que de chercher en vain à s’opposer aux éléments. L’eau, à la fois souple et puissante selon les conditions qui se présentent, est souvent utilisée comme métaphore de ce flux dans lequel le sage sait se glisser, telle une goutte dans le torrent. Il ne s’agit pas de conformisme mais d’un certain amoralisme aux accents libertaires, qui font que Lao-Tseu, le fondateur mythique du taoïsme et auteur du Tao-te-king, est souvent cité comme précurseur de la décroissance et de l’anarchie.

Face à l’occidental qui cherche vainement à subjuguer et maîtriser le monde, le sage taoïste se coule dans le flux naturel. Il cultive l’ici et le maintenant, sans calcul égoïste ou égocentrique. Cette célébration de l’éphémère et de la contemplation est également au cœur des haïkus, ces courts poèmes tout imprégnés de bouddhisme zen.

Le soleil matinal

traverse les saules

l’automne déjà

Seibi

Cette philosophie du non-agir a essaimé et notamment imprégné la pensée écologique. On pense singulièrement au mouvement de la permaculture, qui vise à travailler avec la nature (et non contre elle), pour obtenir un maximum de résultat par un minimum d’efforts. Exit donc les intrants chimiques et autres moyens de « dompter la nature » aussi énergivores que destructeurs pour les écosystèmes. Le permaculteur leur préfère l’observation attentive des cycles et interactions à l’œuvre, afin de les comprendre puis les utiliser d’une manière aussi écologique qu’efficiente. Cette approche globale ne se limite d’ailleurs pas au jardinage mais a des applications dans tous les aspects de la vie, avec toujours en son cœur le souci du respect de la Terre, des humains et l’idée d’un partage équitable.

En une époque de déconnexion grandissante du vivant, il s’agit de se relier à ce qui nous maintient en vie, sans accaparer une richesse naturelle qui ne nous appartient pas. Il ne s’agit de rien de moins qu’un nouvel axe de civilisation, apaisé et résilient. Sans doute l’un des seuls à même de permettre un rapport enfin apaisé au monde et aux autres. À l’image des sages taoïstes, peut-être constate-t-on peu à peu qu’il y a une vérité et une voie au-delà de l’agitation incessante et souvent stérile que nous impose la modernité. Et si le non-agir était l’agir de demain ?

« Paressons en toute chose, hormis en aimant et en buvant, hormis en paressant. »

Citation de Lessing, reprise par Paul Lafargue dans Le droit à la paresse, 1880
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Un printemps peut en cacher un autre

Évoquez le printemps avec un québécois, et la discussion sera presque immanquablement empreinte d’une bonne dose d’espoir et d’ironie mêlés.

Il faut dire qu’après un hiver rigoureux et long, et il le fut particulièrement cette année, l’espoir mis dans un retour rapide des températures clémentes et de la végétation est toujours assez démesuré. Comme l’est invariablement la déception face à un hiver qui n’en finit pas d’achever, décochant ses ultimes flèches de glace et de givre bien après l’arrivée officielle d’un printemps aussi poussif qu’hésitant.

Nous en avons fait le test grandeur nature cette année, avec notamment un jardin transformé par endroits en mare aux canards, la fonte des neiges et les grosses averses se combinant pour créer un refuge à palmipèdes improvisé.

Le « second » printemps fut par contre lui bien en rendez-vous, se traduisant fin mai et début juin par une véritable explosion végétale d’une impressionnante prodigalité, à la mesure de l’attente suscitée.

Une vraie saison bis donc, comme l’ont bien compris les peuples autochtones dont le calendrier reflète souvent avec bien plus d’acuité les réalités locales.

Il en est ainsi chez les Atikamekw, nation autochtone de la vallée de la rivière Saint-Maurice, chez qui le « pré-printemps » Sikon, période de la fonte des neiges et temps des érables en mars/avril, précède Mirakamin, période du réveil de la nature et printemps proprement dit en mai/juin.

 Leur calendrier compte six saisons, tout comme celui des Crees de la Saskatchewan, pour qui Mikisewipesim, la lune des aigles, fait place à Niskipesim, la lune des oies.   

Le témoignage précieux d’un mode de vie au plus près des éléments et de la subtilité des cycles naturels, dont il ne tient qu’à nous de nous inspirer. La temporalité, mais aussi la toponymie ainsi que les traditions des autochtones sont encore, et c’est un leg inestimable, largement empreint d’une naturalité qui nous a largement échappé.

De par leur manière de faire corps avec la nature, sans se placer ni au-dessus ni contre elle, ces peuples sont un témoignage vivant et une source d’inspiration prodigieuse alors qu’il s’agit de faire face au défi de la destruction des écosystèmes et du dérèglement climatique.

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