La renouée contre-attaque

Invitée suprise dans notre jardin, la renouée du Japon nous a dejà donné du fil à retordre, et il semblerait que nous ne soyions pas les seuls, loin de là …. En fait, l’oeil aguerri du jardinier amateur traumatisé habitué au monstre végétal tend même à l’apercevoir un peu partout dès l’arrivée des beux jours : des rives sauvages au abords de chemins jusqu’aux stationnements urbains, la renouée s’accomode décidément un peu partout : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1720026/renouee-japon-biodiversite-domaine-de-maizerest-quebec

Il s’agit donc, comme nous l’expliquions précédemment, de nous accomoder nous aussi autant que possible de cette présence un peu envahissante, si possible sans empoisonner ni nucléariser les environs. Une tâche d’arrachage / recouvrement certes rébarbative mais qui permet de contrôler l’envahissante sans recours à des produits dangereux et à l’efficacité contestée.

Étape suivante cette année : l’embellissement. Car s’il se révèle bien pratique, il faut quand même avouer que le géotextile noir utilisé pour recouvrir les “zones à renouée” n’est pas franchement esthétique. Pour y remédier, l’idée est donc de recouvrir le tout d’une bonne dose de paillis, de cèdre en l’occurence. Libre à vous de vous amuser avec les couleurs et les formes, le paillis venant en différent coloris. Dans notre cas, notre surface principale de 63 m2 / 670 p2 a exigé pas loin de 20 sacs de paillis – et pas mal de voyages de brouette. Quelques simples briques permettent de délimiter les espaces, tout en empêchant au paillis de s’envoler n’importe où.

Nous sommes plutôt satisfait du résultat, et en avons même profiter pour recouvrir d’autres “spots” de renouée en utilisant la même méthode.

A noter que, fidèle à sa terrible réputation pour le coup pas usurpée, la renouée du Japon ne reste pas placidement endormie, même recouverte. Elle cherche en effet naturellement le moindre interstice vers lequel s’étirer pour étendre une tige au soleil, et il faut donc rester vigilant afin de débusquer les intrusions, et procéder à un arrachage en règle. On peut par la suite colmater le trou apparu dans le géotextile au moyen d’un adhésif résistant, pour ne pas avoir à recommencer indéfiniment. Nous avons d’ailleurs remarqué que la neige tend à amplifier le phénomène, puisque le poids des précipitations exerce une pression supplémentaire sur la bâche. Raison de plus pour investir dans quelques rouleaux supplémentaires à l’arrivée du printemps.

Étape suivante : s’asseoir et savourer un rafraichissement (ou plusieurs) au balcon en contemplant le travail. C’est mérité.

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Péril jaune

C’est dans l’air, indéniablement.

On le devine à la mine défaite de l’amateur de gazon, confronté à la menace jusque sur le pas de sa porte. Dans ses coups d’œil inquiets sur ses précieuses plates-bandes, ses recherches fiévreuses d’un remède à la terreur botanique : le péril jaune frappe, encore.

Film d’horreur pour amoureux de gazon

Grignotant sans relâche les espaces et mettant à mal la doctrine pelousesque la plus élémentaire, le pissenlit revient, avec une précision machiavélique , réduire à néant des siècles de progrès civilisationnel. Face au fléau, hors de question de baisser les bras : l’homme civilisé ruse, innove, arrache, asperge… l’énième épisode de la juste lutte de l’homme contre l’anarchie inquiétante d’une nature qu’il n’a de cesse de chercher à dompter. Le gazon de l’homme moderne sera verdoyant, uniforme, étincelant et morne, comme celui de son voisin et comme celui du voisin de son voisin. Il en va d’un certain ordre moral. Le pré carré verdoyant comme métaphore de la vacuité d’une époque.

Et s’il en était autrement ? Comme souvent, on découvre lorsqu’on se penche un peu sur cette fameuse terreur jaune, quelle n’est pas exempt de qualités, loin de là ! Ce bucolique annonciateur des beaux jours en regorge même, utilisé depuis longtemps de bien des façons pour des usages aussi bien alimentaires que médicaux. La pharmacopèe traditionelle comme les médecines chinoise ou ayurvédique en ont d’ailleurs fait grand usage. On lui prête notamment la vertu de rétablir les déséquilibres énergétiques en facilitant l’élimination des toxines par l’urine, et de protéger le foie. Au niveau alimentaire, le pissenlit a aussi plus d’un tour dans son sac, et on trouve une étonnante variété de préparation faisant appel à toutes les parties de la plante : salade, boutons marinés, vin ou gelé, café de racine etc.

En fait, nos ancêtres étaient jusqu’au 19ème siècle souvent plus enclins à faire de la place au pissenlit (et autres plantes comestibles ou médicinales) que l’inverse. Un retournement radical par rapport aux pratiques modernes, assez illustratif d’une certaine mentalité contemporaine…

Les raisons de laisser une fois pour toute tranquille cet humble envahisseur ne manquent assurément pas. Sans compter que nombre de butineurs vous en seront plus que reconnaissants, ce qui n’est guère un luxe dans le contexte actuel.

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Cinq essais pour préparer demain dès aujourd’hui

Face à la morosité d’une actualité dont il peut être difficile de s’extirper, les contours d’une société future plus écologique et solidaire peuvent nous sembler encore plus flous qu’à l’accoutumé. Mais si le flot quotidien de nouvelles pour le moins moroses et le contexte anxiogène ne sont pas forcément les plus propices à imaginer l’après, on peut toujours trouver un certain réconfort dans les livres. Notamment dans les mots de celles et ceux qui, sans connaitre notre situation actuelle particulière, ont largement réfléchi aux tenants et aboutissants d’un monde qui, s’il peut parfois sembler lointain, ne demande qu’à jaillir des épreuves d’aujourd’hui.

Une autre fin du monde est possible, Pablo Servigne et al. (Seuil)

Quatre ans après la parution de “Comment tout peut s’effondrer”, précédent ouvrage de Servigne et Stevens, l’idée d’effondrement fait plus débat que jamais, portée notamment par une actualité pandémique et environnementale qui laisse peu de place à l’optimisme. La collapsologie, l’étude des fragilités multiples de notre civilisation industrielle, est ici mise au profit d’un questionnement plus large sur les implications morales, voire spirituelles d’un horizon effondré. Quelle place pour l’utopie ? Pour le sens du commun, du sacré ? Et comment vivre ce processus tumultueux plutôt que d’y survivre ? Les auteurs développent ici une « collapsosophie » de la résilience transdisciplinaire, parfois inattendue mais toujours judicieuse, qui a le mérite d’oser s’aventurer hors des sentiers battus.

Manuel de Transition, De la dépendance au pétrole à la résilience locale, Rob Hopkins (Écosociété)

Né dans une petite bourgade de Grande-Bretagne il y a une quinzaine d’années, le mouvement des villes en transition a depuis essaimé dans plusieurs centaines de localités autour du monde. Prônant un mode de développement alternatif, ces villes s’appuient notamment sur la sobriété énergétique et la relocalisation de l’économie afin de tendre à l’autosuffisance. Présenté dans la collection guides pratiques d’Écosociété, ce passionnant “Manuel de Transition” expose les énormes défis auxquels feront bientôt face nos sociétés centralisés et énergivores, confrontés à la fois au pic pétrolier et aux changements climatiques. Les pistes de solution proposées encouragent à l’action locale et communautaire, par le développement d’une l’agriculture et de lieux de discussions et d’échanges à échelle humaine. Un guide précieux à l’heure des effondrements et bouleversements en tous genres initié par un système sans avenir.

Une société à refaire, Murray Bookchin (Écosociété)

Murray Bookchin était un penseur intransigeant et érudit, figure majeure de l’écologie radicale et de l’anarchisme aux États-Unis. Une société à refaire est en quelque sorte la synthèse de sa réflexion sur une relation Homme / Nature dépassant nos réflexes mortifères de domination et d’accaparement. Bookchin lie cette logique à celle de la domination de l’humain par son semblable au sein du système capitaliste, et se montre critique à la fois des solutions « mystiques » niant toute spécificité à l’homme, que des idées marxistes qui en dernier recours ne débouchent que sur une exploitation « socialiste » de la nature.

L’écosocialisme défendu dans sa réflexion est enraciné tant dans la critique radicale de l’idéologie de la croissance à tout-va, que dans une critique sociale à même de bouleverser les rapports de domination actuels et de poser les bases d’une société libertaire et égalitaire, réconcilié avec le monde vivant.

Décroissance, vocabulaire pour une nouvelle ère, Collectif (Écosociété)

Encore largement tournée en dérision il y a peu, l’idée de décroissance semble de plus en plus une piste de réflexion réaliste face aux destructions engendrés par le système capitaliste qui en est indissociable. De nombreux essais se penchent sur les tenants et aboutissants d’un monde débarrassé du dogme insensé de l’accumulation sans fin, parfois avec des divergences théoriques mais initiant toujours un indispensable débat.

Cet essai collectif est un véritable dictionnaire de la décroissance, passant en revue de manière concise le vocabulaire de ce mouvement, hors des balises de l’économisme et de sa pernicieuse novlangue. D’Anti-utilitarisme à Ubuntu en passant par Pic pétrolier, le champ lexical abordé ici est celui de l’autonomie, de la simplicité et de la soutenabilité. Autant de thématiques indispensables en vue de bâtir une société égalitaire et viable sur les plans écologiques, sociales et économiques.  

Ma vie dans les monts, Antoine Marcel (Arléa)

Se retirer « hors du monde », quitter les chemins balisés pour vivre au rythme des saisons, à la manière des lettrés de la Chine ancienne. C’est l’expérience que fait ici Antoine Marcel, retiré avec sa compagne dans un ancien moulin niché au cœur des montagnes du Massif central. Il y fait, en rupture avec l’agitation vorace de notre civilisation, l’expérience d’un quotidien plus lent et riche, mais pas exempt de mélancolie ni de pessimisme. À l’heure d’un anthropocène au relent d’apocalypse global, Ma vie dans les monts n’est pas une ode à une illusoire pureté originelle. C’est plutôt un retour à l’émerveillement, au silence et à la méditation que vallons et rivières savent enseigner à qui sait encore écouter.

Le parfait complément à tout réflexion sur le sens à donner à nos existences, au-delà des dogmes de l’individualisme et de la productivité.

Une liste non exhaustive mais qui ouvre à de passionnantes réflexions sur le sens et la direction à donner au monde qui vient. À se procurer évidemment auprès des librairies indépendantes

Retrouvez également un précédent billet ici sur l’indispensable éditeur indépendant Écosociété.

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Fiddler’s Green ou la magie dans le quotidien

Dans le folklore maritime du 19e siècle, “Fiddler’s Green” désignait un genre d’éden pour les marins au long cours, empli de danse et de musique (“fiddler” se traduit plus ou moins par “violoneux”)

C’est aussi le nom donné à une magnifique revue indépendante (ou zine) américaine, découverte par un beau hasard par l’auteur de ces lignes lors de pérégrinations numériques à la recherche d’ouvrages anarchistes. D’anarchie il en est, entre autres, question dans Fiddler’s Green, comme en témoigne le poétique autant qu’intrigant  sous-titre de la revue : “Art & Magic for Tea-Drinking Anarchists, Convivial Conjurors & Closeted Optimists”.

Tout un programme éditorial, où l’anarchisme reflète davantage le sous-texte libertaire du projet qu’un positionnement politique explicite. La thématique principale est ici en effet bien la “magie”, sous les diverses significations que ce terme peut receler. On pourrait de prime abord avoir quelques doutes face à cette approche ésotérique assumée, souvent synonyme d’ouvrages new age un peu douteux. Et pourtant, s’il est bien question de magie dans les pages de Fiddler’s Green, celle-ci sait aussi et surtout se faire populaire, terrienne. 

Clint Marsch, le touche-à-tout à l’origine du magazine, voit dans cette magie du quotidien une part fondamentale de l’expérience humaine, prégnante par exemple dans notre goût pour les mythes et le folklore.  “Magique” se définit selon le Larousse par ce “dont les effets sont extraordinaires, sortent du rationnel”. 

Inspiré , entre autres, des almanachs anciens, la qualité graphique de la revue est remarquable.

On ne saurait en effet mieux définir certaines émotions, certains hasards, lieux, instants fugaces ou souvenirs, qui, au-delà des définitions et de la réflexion, nous laissent sans mot. Autant de précieux moments poétiquement racontés au fil des pages de la revue, là un souvenir d’enfance, ici l’écho inattendu d’une oeuvre ou d’un hasard. On peut aussi trouver une certaine part de magie dans la pratique des rituels, qui, s’ils échappent à la froide logique, savent donner du sens et un certain surplus d’âme à nos existences modernes essentiellement matérialistes et souvent désincarnées. On ne saurait trop conseiller, comme le font si bien les auteurs et artistes présents dans les pages magnifiquement illustrées  de Fiddler’s Green, de ménager une part de magie dans nos vies. Celle-ci ne se cache souvent pas si loin, pour qui sait ouvrir les yeux, et conserver un certain regard d’enfant.

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Déconnexion – Episode 2 : Rechute

J’ai passé le mois d’octobre en me coupant de YouTube. Étonnamment, cela a été moins compliqué que je ne le pensais. J’ai joué à des jeux vidéos à la place (ce que je ne fais jamais) et surtout j’ai beaucoup plus lu. 

Comment gérer l’après, après ce mois de désintoxication ? Comme je le disais dans ce précédent billet, mon but n’est pas de ne plus jamais retourner sur YouTube, mais plus d’apprendre à utiliser YouTube à bon escient et ne pas me laisser contrôler par la plateforme. Il ne m’a pas fallu une à deux semaines pour retomber dans mes travers. J’allume YouTube et c’est fini, je suis hypnotisée, d’autant plus le soir, si je suis fatiguée. J’ai essayé de me mettre une limite de temps. Cela ne fonctionne pas. Lorsque la limite de temps est terminée, je me dis toujours que je peux regarder une autre vidéo et que ce sera la dernière, et c’est parti pour 20 dernières vidéos… Mon problème, ce sont les choix que l’algorithme me propose. C’est un piège. Je clique frénétiquement. Donc, autre solution, regarder uniquement les nouvelles vidéos des chaînes auxquelles je suis abonnée et garder un nombre restreint d’abonnements aux chaînes qui m’intéressent réellement. Ça ne marche pas, je finis toujours par retomber sur la page d’accueil de YouTube et par enchaîner les vidéos en perdant la notion du temps.

Le problème se pose quand j’ouvre la plateforme. Donc aux grands maux, les grands moyens, j’ai décidé de ne plus ouvrir YouTube en semaine. Je vais m’autoriser YouTube du samedi matin au dimanche soir 19h et on verra si cette méthode est efficace. À suivre…

Je suis convaincue des avantages des réseaux sociaux et des outils numériques à notre disposition, mais je n’aime pas toujours ce que la société en fait et les conséquences sur ma vie quotidienne. Je pense réellement qu’il est important d’apprendre à les utiliser et de savoir quand les utiliser ou ne pas les utiliser. À mon avis, c’est à chacun de trouver la formule qui lui convient le mieux. Si vous êtes comme moi, à vous poser des questions sur la place des réseaux sociaux et des écrans dans votre vie, je vous conseille vivement la lecture de ce livre : Cyberminimalisme de Karine Mauvilly.

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