Redescendre sur terre

Démesure, productivité, « dépassement de soi », croissance exponentielle… Élevés au rang de mantras quasi intouchables, ces symptômes de l’époque nous feraient presque croire qu’il serait vain de chercher la moindre alternative.

Nombre de révolutions qu’on annonçait grandioses n’ont fait que déboucher sur de nouvelles impasses tandis que le terme d’« urgence » semble presque dépassé face à l’ampleur des dégâts occasionnés par un système à bout de souffle.

Et pourtant… Dans l’angle mort d’une pensée aseptisée et à la lisière des dogmes cyniques, tapis dans un limon fertile et millénaire, une infinité d’autrement réjouissants fleurissent imperturbablement. À l’heure du toujours plus (vite, loin, fort…), peut-être s’agit-il avant tout de « redescendre sur terre ».

Réapprendre à habiter le monde, sans passéisme, mais avec une bonne dose de confiance lucide en nos lendemains et dans le potentiel transformateur de notre quotidien. Nos jardins, nos bibliothèques, nos communautés, tout comme les branches noueuses d’un vieil arbre ou le vol d’une abeille portent déjà en eux un monde en devenir.

Il s’agira donc, ici, d’expérimenter humblement, relater nos diverses tentatives et inspirations. Face aux idées toutes faites et aux batailles idéologiques, se donner le luxe subversif du questionnement, de la flânerie et de l’autonomie.

« Another world is not only possible, she is on her way. Maybe many of us won’t be here to greet her, but on a quiet day, if I listen very carefully, I can hear her breathing. »

Arundhati Roy

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