Apprivoiser l’hiver

Plus qu’une simple saison, l’hiver est au Québec un véritable monde en soi. On se surprend chaque année à en oublier, au choix, les rigueurs, les atours aussi, comme la façon qu’il a de gommer les aspérités du paysage et de le remodeler.

Ce fut particulièrement vrai cette année, alors qu’un manteau neigeux proche des records historiques a recouvert nos abords familiers presque sans discontinuer depuis la fin novembre.

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L’hiver, de par son âpreté et la brièveté du jour, nous incite aussi à une certaine intériorité, à se ménager et ralentir. Notre rythme de vie moderne serait sans doute inspiré de se souvenir de cet appel à la lenteur, qui semble si loin dans la frénésie citadine de décembre.

Dans les bois, la vie se fait plus discrète mais l’observateur attentif est récompensé par le manège hivernal de quelques-uns de ses habitants : cris de sentinelle du geai bleu aux aguets, sentier emprunté par les cerfs de Virginie pour se déplacer dans l’épais manteau neigeux, et autres visiteurs fortuits trahis par leurs empreintes sur la neige fraîche.


Et maintenant
Allons contempler la neige
Jusqu’à tomber d’épuisement !
 
Bashõ

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Éditeurs indépendants : produire du sens — 1. Écosociété

Éditeurs indépendants : produire du sens

On l’a souvent annoncé comme bientôt dépassé, ringardisé par les nouvelles technologies, et pourtant le livre reste toujours et encore un outil indispensable à même de nous accompagner dans notre compréhension du monde. 

Bien sûr, le livre est aussi une industrie avec ses logiques de (sur)production, de modes éphémères et, souvent, d’ouvrages d’une qualité douteuse. Mais répondant à une logique d’offre et de demande, on ne voit finalement dans la production éditoriale qu’un reflet de notre époque, dans ses questionnements, ses obsessions et ses manies diverses. Combien de guides par et pour jeunes cadres bien de leurs temps censés donner les clés d’une croissance financière sans fin et autres collections vantant les bienfaits d’un certain développement personnel capitalo-compatible…

Le phénomène de concentration est lui aussi loin d’être étranger au monde de l’édition, une poignée de mastodontes se partageant la majeure partie de la production éditoriale, et occupant de fait un espace considérable sur les étals des libraires et dans les médias.

À l’opposé, on peut heureusement aussi compter sur une frange d’éditeurs qui, s’ils sont rarement les plus visibles en librairie, n’en sont pas moins de véritables pourvoyeurs de trésors imprimés. 

Nous explorerons ici, par l’entremise d’une série de billets, quelques éditeurs indépendants ayant en commun un catalogue de premier choix doublé d’une éthique aussi rare que précieuse dans le paysage littéraire contemporain. 

Écosociété

On retiendra aussi la collection « Résilience » qui propose de courts textes invitant à agir face aux crises actuelles.

Maison d’édition québécoise active depuis 1992, Écosociété (https://ecosociete.org/) trouve son origine dans « L’Institut pour une Écosociété », organisme à but non lucratif fondé par un « un groupe de militant.e.s convaincu.e.s qu’il était grand temps de rejoindre les gens pour défendre une société où l’écologie sociale serait une valeur cardinale » (https://ecosociete.org/savoirs).

Une origine militante qui, après plus de 25 ans, irrigue toujours résolument la ligne éditoriale de l’éditeur. De fait, les titres et auteurs proposés dans le vaste catalogue d’Écosociété sont un vivier tout à fait indispensable dans le paysage du livre au Québec, et plusieurs de leurs succès de librairie sont à mettre au crédit de la popularisation de thématiques tels que la permaculture ou les enjeux énergétiques contemporains.

La publication en 2008 de « Noir Canada » leur a d’ailleurs valu une mise en demeure des sociétés minières incriminées dans l’ouvrage, déclenchant un vaste mouvement de soutien international. Preuve s’il en fallait qu’un livre a toujours encore le pouvoir de déranger, surtout lorsqu’il ose s’attaquer aux sacro-saints intérêts financiers des puissants et à leur fonctionnement nébuleux.

Écosociété est aussi à l’origine de l’édition en français du « Manuel de Transition » de Rob Hopkins, ouvrage majeur et hautement recommandable qui est à l’origine du mouvement des villes en transition.

La collection « Retrouvailles » propose, quant à elle, des classiques, parfois oubliés ou épuisés, mais qui n’ont souvent rien perdus de leur aura. C’est par exemple le cas de « Une Société à refaire » ouvrage majeur de Murray Bookchin, précurseur de l’écosocialisme et de la décroissance.

Une thématique qui est aussi à l’honneur dans « Aux origines de la décroissance : 50 penseurs » ainsi que « Décroissance : vocabulaire pour une nouvelle ère », qui constituent de solides et féconds outils de compréhension des racines et du devenir d’une idée qui n’a pas fini de s’imposer face aux défis environnementaux et sociaux contemporains.

Une liste non exhaustive, mais qui illustre bien le potentiel transformateur de l’édition indépendante, qui, loin de se cantonner à une activité purement mercantile, sait dénoncer les travers de nos sociétés tout en proposant des alternatives réjouissantes. Sans omettre enfin le rôle crucial des librairies, notamment indépendantes, dont la tâche vitale est de faire cheminer et vivre ces textes et idées auprès des lecteurs. À nous de savoir nous saisir des pistes proposées, de débattre et d’agir.

*19.04.2020 : on retrouve également Écosociété dans ce nouveau billet.

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