Un printemps peut en cacher un autre

Évoquez le printemps avec un québécois, et la discussion sera presque immanquablement empreinte d’une bonne dose d’espoir et d’ironie mêlés.

Il faut dire qu’après un hiver rigoureux et long, et il le fut particulièrement cette année, l’espoir mis dans un retour rapide des températures clémentes et de la végétation est toujours assez démesuré. Comme l’est invariablement la déception face à un hiver qui n’en finit pas d’achever, décochant ses ultimes flèches de glace et de givre bien après l’arrivée officielle d’un printemps aussi poussif qu’hésitant.

Nous en avons fait le test grandeur nature cette année, avec notamment un jardin transformé par endroits en mare aux canards, la fonte des neiges et les grosses averses se combinant pour créer un refuge à palmipèdes improvisé.

Le « second » printemps fut par contre lui bien en rendez-vous, se traduisant fin mai et début juin par une véritable explosion végétale d’une impressionnante prodigalité, à la mesure de l’attente suscitée.

Une vraie saison bis donc, comme l’ont bien compris les peuples autochtones dont le calendrier reflète souvent avec bien plus d’acuité les réalités locales.

Il en est ainsi chez les Atikamekw, nation autochtone de la vallée de la rivière Saint-Maurice, chez qui le « pré-printemps » Sikon, période de la fonte des neiges et temps des érables en mars/avril, précède Mirakamin, période du réveil de la nature et printemps proprement dit en mai/juin.

 Leur calendrier compte six saisons, tout comme celui des Crees de la Saskatchewan, pour qui Mikisewipesim, la lune des aigles, fait place à Niskipesim, la lune des oies.   

Le témoignage précieux d’un mode de vie au plus près des éléments et de la subtilité des cycles naturels, dont il ne tient qu’à nous de nous inspirer. La temporalité, mais aussi la toponymie ainsi que les traditions des autochtones sont encore, et c’est un leg inestimable, largement empreint d’une naturalité qui nous a largement échappé.

De par leur manière de faire corps avec la nature, sans se placer ni au-dessus ni contre elle, ces peuples sont un témoignage vivant et une source d’inspiration prodigieuse alors qu’il s’agit de faire face au défi de la destruction des écosystèmes et du dérèglement climatique.

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Décroissance personnelle

– « Mon travail, c’est ma vie. Mon travail me prend tout mon temps et occupe constamment mon esprit. Oui, mais c’est normal. Mon travail, c’est ma passion. Mon travail, c’est une vocation. Mon travail, c’est le métier que je voulais faire enfant.

– Salut, moi c’est Fatigue mentale.

– Qu’est-ce que tu fais là ? Mon travail, c’est ma passion. Alors qu’est-ce que tu fais là ? Je ne peux pas me plaindre, je viens de te le dire. Je fais le métier que je veux faire depuis que j’ai 6 ans. Je suis chanceuse. Alors, je me dois de le faire à la perfection.

– Coucou, Fatigue mentale m’a dit qu’on était super bien accueilli ici. Je me présente Burn-out ou Épuisement professionnel, appelle-moi comme tu veux.

– Pourquoi t’es là ? Si je ne fais pas mon métier à la perfection, qu’est-ce que les gens vont penser de moi ? Moi, je suis la fille première de classe, sage et responsable, donc qui suis-je si je ne fais pas parfaitement bien mon travail ?

– Salut, je suis l’Anxiété de performance, je savais bien que c’était la fête ici. Quoi tu ne travailles pas, ou ne penses pas au travail quand tu es en week-end en vacances ou quand tu es malade ? Mais cherche au moins à lire un guide de développement personnel t’apprenant à bien méditer pour augmenter ta productivité ou installe une application contrôlant ta productivité. Si tu ne travailles pas, tu es qui ? Personne !

– Si, je suis pas trop moche, pas trop idiote, anxieuse, avec un peu le sens de l’humour et performante. Je fais bien mon travail. Je n’ai pas eu mes diplômes dans un paquet surprise… Maurice ! Stop ! Tu pousses le bouchon un peu trop loin, Maurice1 ! Tu fais très bien ta2 job de Critique intérieur3 et en plus t’invites du monde. Tu me saoules ! Je suis bien plus forte que tu le dis, Maurice, je suis intelligente et j’ai le sens de l’humour. Je me sens anxieuse parfois, mais ça ne me définit pas, je suis capable d’être performante et perfectionnisme (et tant mieux, ce sont des qualités aussi), mais ça ne fait pas de moi qui je suis. Alors Maurice, je t’emm…

Là, je suis 3 semaines en vacances, je ne travaille pas, même si mon site web mérite d’être actualisé tout comme mon CV et que j’ai un article à finir d’écrire. Je vais dessiner, comme je dessinais enfant pour le plaisir et non pour m’améliorer encore et toujours. Je vais lire pour lire et principalement de la fiction et pas pour lire le plus possible et non des essais parce que toi, Maurice tu insinues qu’il faut s’instruire, toujours s’instruire et apprendre plus, pour ne pas être idiot en public. Je veux lire un essai seulement pour son sujet, pas pour une autre raison, tu m’entends Maurice ! Quand je vais reprendre le travail, tu vas probablement toquer à nouveau à la porte et peut-être même avec tes amis. Mais sache Maurice que ça ne va plus être aussi simple ! Je suis scientifique et sorcière Maurice ! N’est pas Morgane4 qui veut ! Enfant, j’ai terrassé la méduse, avec ses cheveux serpents et ses yeux qui changent en pierre, vivant au pied de mon lit grâce à mes pouvoirs magiques. Je suis Hubert Reeves sans barbe5 et fée-sorcière avec le petit peuple6 à mes côtés ! Ah ah, tu ne l’as pas vu venir ce côté de ma personnalité. Comme Agniezka, naïve et fragile, mais la seule à pouvoir combattre le Bois avec sa magie si particulière7, je vais te lancer un sort style “Val sans retour” 8, pour que tu tournes bourrique tout seul à ressasser. Te combattre ? Tu n’y penses pas, ça ne ferait pas une bonne histoire. Pourquoi ? Mais tu as un nom bien trop pourri pour cela, Maurice9 ! »

1- En concevant ce site, je suis tombée sur cet article qui parle du fameux syndrome de l’imposteur. La référence m’a parlé : je pense que les Français de ma génération se souviennent tous très bien de cette réplique de cette pub des années 1990. Maurice est donc devenu mon critique intérieur qui se transforme fréquemment en syndrome de l’imposteur, vous vous en doutez bien.

2- Je vis au Québec, donc job est féminin icitte.

3- Cette notion vient du livre « Imparfaits, libres et heureux, Pratiques de l’estime de soi » de Christophe André, livre très connu, mais que je viens de découvrir et qui est une énorme bouffée d’oxygène. Il explique même de ne pas s’infliger la double peine : avoir honte de ruminer. Mon Maurice est diabolique : il rumine de ruminer. Mais je l’ai démasqué !

4- Mes parents ont choisi mon prénom en référence à la Fée Morgane. “La plus humaine des fées” comme dirait ma maman. La moins lisse, ni gentille, ni mauvaise, juste humaine. Mon prénom fait clairement partie de qui je suis. Et dorénavant, je fais plus de place à Morgane qu’à Maurice.

5- Ce billet fait clairement suite à ce dernier d’où cette petite référence.

6- J’ai grandi dans cet imaginaire.

7- Au détour d’une librairie, la couverture d’un livre m’a fait de l’œil, la quatrième de couverture était vraiment bonne, la première page me donnait envie de lire la suite. Et je n’ai vraiment pas été déçue.

Déracinée de Naomi Novik

8- Morgane, faut pas l’embêter… ou la décevoir. Et elle est féministe avant l’heure.

9- Je m’excuse sincèrement auprès de tous les Maurice qui liront ce billet. Mais Maurice ne peut pas rivaliser avec les Arthur, Mordred, Yvain, Gauvain, Lancelot, Reine-Bois, Sauron ou même Voldemort de ce monde…

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