Déconnexion – Episode 1 : Désintox

Il est 18h25. On est le samedi 19 octobre et j’ai envie d’aller sur YouTube. Où est le mal à cela, me demanderiez-vous ? A priori nulle part. Sauf que j’ai décidé de faire une petite coupure des réseaux sociaux ce mois-ci et plus particulièrement de YouTube. 

Pourquoi ? À cause de cette phrase : « Je n’ai pas le temps ». Je n’ai pas le temps de lire. Je n’ai pas le temps de dessiner. Je n’ai pas le temps de ranger telle ou telle affaire. Je n’ai pas de temps pour méditer. Bref, je n’ai pas le temps de faire des choses essentielles à mon bien-être. Ma première excuse : mon travail me prend tout mon temps. Oui, je travaille beaucoup. J’ai la chance d’être passionnée par mon métier (ce qui n’est pas, pour autant, toujours évident à gérer, mais c’est une autre histoire que j’évoque dans ce billet). Mais ce n’est pas une excuse. Comment se fait-il que je ne trouve pas au minimum une demi-heure à une heure par jour pour ces différentes activités ? Ma vie de famille ? Je n’ai pas d’enfant. Non, la coupable est la plateforme YouTube et les autres réseaux sociaux dans une moindre mesure.

J’allume YouTube et, sans m’en rendre compte, je viens de passer deux, trois ou même quatre heures de ma vie à regarder des vidéos sur la nouvelle tendance en maquillage, sur des militaires américains surprenant leur famille lors de leur retour de mission, sur des chats, sur des premières danses lors de mariage, sur la vie de total inconnus, sur le bullet journal, des vidéos de tests de jeux, de bouffe ou d’objets en tout genre, des zappings, des épisodes de Joséphine ange gardien et même des vidéos montrant l’extraction de points noirs ! Si ce n’était pas devenu une habitude, ce ne serait pas un problème. Cela m’arrive facilement deux fois par semaine, voire plus. Et plus je suis fatiguée, plus il serait plus sage de prendre un livre ou de trouver une autre activité loin de l’écran devant lequel j’ai déjà passé toute la journée pour le travail, plus je vais rester des heures affalée dans mon canapé hypnotisée par l’écran. Rajoutez à cela, 5 minutes de Twitter par ci et de Facebook ou d’Instagram par là, j’arrive facilement à 8 heures perdues sur les réseaux sociaux par semaine, 32h par mois…

Dire après cela que je n’ai pas le temps de faire ceci ou cela, c’est un mensonge. La vérité est que j’ai décidé d’occuper mon temps libre à une toute autre activité.

Je ne dis pas que c’est mal de passer du temps sur YouTube ou sur les réseaux sociaux. Dès le mois de novembre, je vais de nouveau me connecter sur ces réseaux, mais en ayant changé mon approche. Je ne veux plus zapper sur YouTube, Twitter, Instagram, passer d’un contenu à l’autre sans même y réfléchir juste parce qu’il se présente à moi alors que dans les faits, ce contenu ne m’intéresse pas. Je ne veux plus être passive devant les réseaux sociaux. Je vais également probablement me fixer une durée maximum par jour sur ces sites pour éviter de retomber dans mes travers.

En attendant, il est 19h le samedi 19 octobre, j’ai un gros rhume et j’ai envie de passer du temps sur YouTube, mais je sais que je ne pourrai pas quitter YouTube après juste une ou deux vidéos, alors comme depuis le début du mois, je vais demander à mon conjoint s’il ne veut pas regarder avec moi un film ou une série ou même une vidéo d’une chaîne YouTube et je vais lui passer l’ordinateur afin qu’il allume et éteigne la plateforme YouTube après notre visionnage…

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Le 27 septembre et au-delà: être le lobby de la planète

Entre le 20 et le 27 septembre dernier, nous avons été quelques millions, sur tous les continents, à prendre part à un mouvement historique.  Sous l’impulsion des “grèves pour le climat”, nombre de jeunes, d’étudiants, de salariés ou de retraités ont marché pour exiger des actions radicales contre la crise climatique et plus largement, pour un changement de cap face aux périls écologiques exacerbés de notre époque.

Nous pouvons témoigner de la précieuse et joyeuse contagion bénéfique de ce mouvement inédit. Des foules records se sont rassemblées à Montréal, Québec et jusqu’à Istanbul ou Wellington, quand l’État n’a pas fait un usage aussi disproportionné que décomplexé de la force comme ce fut le cas à Paris. Cette mobilisation est historique de par son ampleur, et sans doute inédite dans sa forme. Tranchant résolument avec l’atmosphère d’éco-anxiété qui accompagne de façon bien compréhensible la multitude des signaux d’alertes lancés par la science, elle fut l’occasion d’un bain de jouvence et d’énergie plus que bienvenue, découvrant peu à peu sa cohérence et sa force. Alors que l’ère numérique nous annonce des êtres humains de plus en plus isolés, atomisés et réduits à des consommateurs passifs, ce mouvement fut l’illustration parfaite d’une autre voie, rassembleuse et solidaire au-delà de l’humain. Car étaient aussi représentées les voix des rivières, fleuves, monts, paysages, oiseaux et autres non humains qui méritent d’être défendues non par ce qu’ils ont à nous apporter, mais pour ce qu’ils sont.

Il s’agit d’un changement de paradigme majeur, le cœur des revendications ne concernant plus simplement un partage différent ou un aménagement de nos conditions d’existence, mais bien un véritable renversement dans notre rapport au monde et à ses équilibres vitaux, si durement touchés par une activité et une logique humaine devenue insensées. Qu’on ne s’y trompe pas, ce renversement représente une opposition majeure et frontale face au croissancisme et à l’accumulation aveugles qui font le ciment du statu quo politique actuel. Et il annonce bien d’autres combats multiformes, collectifs autant qu’individuels, dont on ne peut que souhaiter l’éclosion sous de multiples formes : grève, désobéissance, zads, boycott, mais aussi bouleversements philosophiques, spirituels, pratiques, alimentaires…

On trouvera et trouve déjà en face la litanie désormais connue du cynisme, du mépris et autres tentatives de division et de récupération. A nous d’y opposer notre inventivité, notre résolution, nos solidarités et nos expérimentations joyeuses.

Photo AL
Photo Pascal Huot

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