Évocations estivales

Alors que la rigueur pré-hivernale nous surprend chaque fois par sa précocité, et que nous guettons alors avec une certaine appréhension la dégringolade des températures, les jours d’été ont tôt fait de nous paraître déjà lointains. Mais tandis qu’un déjà vigoureux tapis neigeux vient s’installer et que les rayons solaires se font rares, il y a quelque chose de réconfortant dans l’immuable danse des saisons. Laquelle n’est jamais aussi évidente et précieuse que lorsqu’on a la chance de côtoyer arbres, oiseaux, insectes et autres témoins vivants de ce précieux cycle auquel nous appartenons, et dont la vie urbaine et notre agitation nous font facilement perdre la trace.

On peut voir dans cette danse une illustration des forces qui selon le taoïsme gouverne l’univers : Yin et Yang. Complémentaires plus qu’opposés, ces concepts au premier abord abstraits se révèlent pourtant d’une prégnance continuelle tout au long de notre existence : jeunesse et vieillesse, peine et joie, ignorance et sagesse… successions de cycles qui baignent nos vies et en font ressortir l’éclat.

Tel celui des tonalités exubérantes d’un parterre fleuri, peut-être jamais mieux ressenti qu’à l’aune d’un hiver long et rigoureux.

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Des herbes pas si mauvaises ?

Véritable pharmacie à ciel ouvert pour les peuples autochtones, gage de survie pour nos ancêtres, les plantes sauvages sont souvent ignorées ou considérées avec dédain par le jardinier moderne. Pourtant, si certaines espèces envahissantes méritent leur piètre réputation, nombres d’herbes et plantes de nos jardins méritent d’être réhabilitées.  Que ce soit pour leurs vertus médicinales, leur comestibilité ou simplement leur place dans l’écosystème, elles ont sans doute beaucoup à nous apprendre.

Et après tout, les invités du jardin, ce ne sont pas elles, mais plutôt nous !

Petit tour d’horizon…

Surprenante par sa croissance express en quelques semaines, la grande bardane est une plante bisannuelle qui peut atteindre jusqu’à 2m ! Elle reste chez nous d’une envergure plus modeste, mais son développement entre le printemps et l’été reste pour le moins impressionnant.

Ses fleurs violacées sont nombreuses et fort populaires auprès des butineurs. Elles sont entourées de petits “picots” caractéristiques, qui aident à sa dissémination et ont d’ailleurs inspiré l’invention du velcro ! Ses larges feuilles ont aussi été utilisées au moyen-âge comme un efficace papier toilette…Ses jeunes feuilles ainsi que ses racines (préalablement blanchies) sont consommables, et on lui prête des vertus diurétiques et détoxifiantes.

La verge d’or est un incontournable de la flore sauvage du sud du Québec, agrémentant d’un jaune chatoyant nombre de terrains sauvages et de plates-bandes. « Un immense jardin noyé de pourpre et d’or » écrivit à ce propos le frère Marie-Victorin. Ses fleurs jaunes éclosent tardivement au courant du mois d’août et sont à l’origine d’un miel commun en Amérique du Nord, réputé pour ses vertus. La plante ne se consomme pas en tant que tel, mais une fois séchée, elle est utilisée en infusion. Les herboristes la recommandent notamment pour aider le système respiratoire et la digestion.

La brunelle (ou prunelle) est une discrète vivace aux fleurs violacées, poussant au ras du sol et sur le bord des chemins. Ses vertus médicinales sont connues depuis longtemps, en Occident comme dans la médecine traditionnelle chinoise. Son nom anglais est d’ailleurs « self-heal » ou encore « all-heal », en référence à ses propriétés anti-inflammatoires et désinfectantes, parmi de nombreuses autres. On peut notamment l’utiliser en infusion comme en cataplasme, ou encore en bain de bouche contre la gingivite. La médecine chinoise se sert, quant à elle, des fleurs séchées sous le nom xiao ku cao, afin d’aider à apaiser le « feu » qui affecte le foie.

Véritable « plante fossile », la prêle des champs est en quelque sorte un ancêtre de nos jardins, au même titre que les fougères. Elles descendent des calamites, plantes primitives qui remontent au Carbonifère, il y a quelque 300 millions d’années. Dans nos jardins, on en distingue tout d’abord une première étape évoquant un champignon avec une tige beige chargée de disperser des spores. Dans un deuxième temps, ce sont des tiges vertes, fines et cette fois stériles qui se dressent. Ses propriétés médicinales tiennent essentiellement à sa richesse en silice et en calcium, utile notamment pour les troubles du système urinaire. Il convient par contre de la cueillir tôt, et aussi de ne pas la confondre avec ses cousines proches, notamment la prêle des marais.

Un premier tour d’horizon qui témoigne bien de la richesse insoupçonnée, tant médicinale que du point de vue de la biodiversité, qui se cache sous le vocable décidément peu inspiré de « mauvaises herbes ».

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