Fiddler’s Green ou la magie dans le quotidien

Dans le folklore maritime du 19e siècle, “Fiddler’s Green” désignait un genre d’éden pour les marins au long cours, empli de danse et de musique (“fiddler” se traduit plus ou moins par “violoneux”)

C’est aussi le nom donné à une magnifique revue indépendante (ou zine) américaine, découverte par un beau hasard par l’auteur de ces lignes lors de pérégrinations numériques à la recherche d’ouvrages anarchistes. D’anarchie il en est, entre autres, question dans Fiddler’s Green, comme en témoigne le poétique autant qu’intrigant  sous-titre de la revue : “Art & Magic for Tea-Drinking Anarchists, Convivial Conjurors & Closeted Optimists”.

Tout un programme éditorial, où l’anarchisme reflète davantage le sous-texte libertaire du projet qu’un positionnement politique explicite. La thématique principale est ici en effet bien la “magie”, sous les diverses significations que ce terme peut receler. On pourrait de prime abord avoir quelques doutes face à cette approche ésotérique assumée, souvent synonyme d’ouvrages new age un peu douteux. Et pourtant, s’il est bien question de magie dans les pages de Fiddler’s Green, celle-ci sait aussi et surtout se faire populaire, terrienne. 

Clint Marsch, le touche-à-tout à l’origine du magazine, voit dans cette magie du quotidien une part fondamentale de l’expérience humaine, prégnante par exemple dans notre goût pour les mythes et le folklore.  “Magique” se définit selon le Larousse par ce “dont les effets sont extraordinaires, sortent du rationnel”. 

Inspiré , entre autres, des almanachs anciens, la qualité graphique de la revue est remarquable.

On ne saurait en effet mieux définir certaines émotions, certains hasards, lieux, instants fugaces ou souvenirs, qui, au-delà des définitions et de la réflexion, nous laissent sans mot. Autant de précieux moments poétiquement racontés au fil des pages de la revue, là un souvenir d’enfance, ici l’écho inattendu d’une oeuvre ou d’un hasard. On peut aussi trouver une certaine part de magie dans la pratique des rituels, qui, s’ils échappent à la froide logique, savent donner du sens et un certain surplus d’âme à nos existences modernes essentiellement matérialistes et souvent désincarnées. On ne saurait trop conseiller, comme le font si bien les auteurs et artistes présents dans les pages magnifiquement illustrées  de Fiddler’s Green, de ménager une part de magie dans nos vies. Celle-ci ne se cache souvent pas si loin, pour qui sait ouvrir les yeux, et conserver un certain regard d’enfant.

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