Évocations estivales

Alors que la rigueur pré-hivernale nous surprend chaque fois par sa précocité, et que nous guettons alors avec une certaine appréhension la dégringolade des températures, les jours d’été ont tôt fait de nous paraître déjà lointains. Mais tandis qu’un déjà vigoureux tapis neigeux vient s’installer et que les rayons solaires se font rares, il y a quelque chose de réconfortant dans l’immuable danse des saisons. Laquelle n’est jamais aussi évidente et précieuse que lorsqu’on a la chance de côtoyer arbres, oiseaux, insectes et autres témoins vivants de ce précieux cycle auquel nous appartenons, et dont la vie urbaine et notre agitation nous font facilement perdre la trace.

On peut voir dans cette danse une illustration des forces qui selon le taoïsme gouverne l’univers : Yin et Yang. Complémentaires plus qu’opposés, ces concepts au premier abord abstraits se révèlent pourtant d’une prégnance continuelle tout au long de notre existence : jeunesse et vieillesse, peine et joie, ignorance et sagesse… successions de cycles qui baignent nos vies et en font ressortir l’éclat.

Tel celui des tonalités exubérantes d’un parterre fleuri, peut-être jamais mieux ressenti qu’à l’aune d’un hiver long et rigoureux.

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Un printemps peut en cacher un autre

Évoquez le printemps avec un québécois, et la discussion sera presque immanquablement empreinte d’une bonne dose d’espoir et d’ironie mêlés.

Il faut dire qu’après un hiver rigoureux et long, et il le fut particulièrement cette année, l’espoir mis dans un retour rapide des températures clémentes et de la végétation est toujours assez démesuré. Comme l’est invariablement la déception face à un hiver qui n’en finit pas d’achever, décochant ses ultimes flèches de glace et de givre bien après l’arrivée officielle d’un printemps aussi poussif qu’hésitant.

Nous en avons fait le test grandeur nature cette année, avec notamment un jardin transformé par endroits en mare aux canards, la fonte des neiges et les grosses averses se combinant pour créer un refuge à palmipèdes improvisé.

Le « second » printemps fut par contre lui bien en rendez-vous, se traduisant fin mai et début juin par une véritable explosion végétale d’une impressionnante prodigalité, à la mesure de l’attente suscitée.

Une vraie saison bis donc, comme l’ont bien compris les peuples autochtones dont le calendrier reflète souvent avec bien plus d’acuité les réalités locales.

Il en est ainsi chez les Atikamekw, nation autochtone de la vallée de la rivière Saint-Maurice, chez qui le « pré-printemps » Sikon, période de la fonte des neiges et temps des érables en mars/avril, précède Mirakamin, période du réveil de la nature et printemps proprement dit en mai/juin.

 Leur calendrier compte six saisons, tout comme celui des Crees de la Saskatchewan, pour qui Mikisewipesim, la lune des aigles, fait place à Niskipesim, la lune des oies.   

Le témoignage précieux d’un mode de vie au plus près des éléments et de la subtilité des cycles naturels, dont il ne tient qu’à nous de nous inspirer. La temporalité, mais aussi la toponymie ainsi que les traditions des autochtones sont encore, et c’est un leg inestimable, largement empreint d’une naturalité qui nous a largement échappé.

De par leur manière de faire corps avec la nature, sans se placer ni au-dessus ni contre elle, ces peuples sont un témoignage vivant et une source d’inspiration prodigieuse alors qu’il s’agit de faire face au défi de la destruction des écosystèmes et du dérèglement climatique.

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Apprivoiser l’hiver

Plus qu’une simple saison, l’hiver est au Québec un véritable monde en soi. On se surprend chaque année à en oublier, au choix, les rigueurs, les atours aussi, comme la façon qu’il a de gommer les aspérités du paysage et de le remodeler.

Ce fut particulièrement vrai cette année, alors qu’un manteau neigeux proche des records historiques a recouvert nos abords familiers presque sans discontinuer depuis la fin novembre.

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L’hiver, de par son âpreté et la brièveté du jour, nous incite aussi à une certaine intériorité, à se ménager et ralentir. Notre rythme de vie moderne serait sans doute inspiré de se souvenir de cet appel à la lenteur, qui semble si loin dans la frénésie citadine de décembre.

Dans les bois, la vie se fait plus discrète mais l’observateur attentif est récompensé par le manège hivernal de quelques-uns de ses habitants : cris de sentinelle du geai bleu aux aguets, sentier emprunté par les cerfs de Virginie pour se déplacer dans l’épais manteau neigeux, et autres visiteurs fortuits trahis par leurs empreintes sur la neige fraîche.


Et maintenant
Allons contempler la neige
Jusqu’à tomber d’épuisement !
 
Bashõ

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